Page:Laboulaye - Histoire politique des États-Unis, tome 1.djvu/548

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M. Tucker, professeur de philosophie morale à l’université de Virginie ; il n’y a plus maintenant une classe de personnes en possession de grands domaines héréditaires qui s’élève au-dessus des autres par le luxe et l’ostentation ; le plus grand nombre de ceux qui sont riches ont acquis leurs propriétés à force de talent et d’industrie, et la plupart se contentent de cette dépense modérée que demande l’opinion sans aller jusqu’à ce degré de luxe qu’elle ne fait que tolérer.

Ainsi, autrefois en Virginie il y avait beaucoup de personnes qui se faisaient conduire à six chevaux. On ne voit plus aujourd’hui un pareil équipage ; avant la révolution il y avait probablement deux ou trois fois plus d’attelages à quatre chevaux qu’aujourd’hui, mais le nombre des voitures à deux chevaux est maintenant dix et vingt fois plus grand que dans l’ancien temps. Quelques familles pouvaient se vanter de posséder plus d’argenterie qu’on n’en rencontrerait aujourd’hui dans aucune maison, mais la quantité générale dans tout le pays est vingt fois, sinon cinquante fois plus considérable qu’elle n’était jadis[1].

Sur une moindre échelle, l’histoire de la Virginie est l’histoire même de la France. C’est qu’en effet, l’égale répartition de la richesse en amène la rapide augmentation, parce qu’elle ne dispense pas le riche de travailler, et ne décourage pas le pauvre ; tous deux étant trop près du niveau qui sépare la pauvreté de la fortune, l’un pour ne pas espérer d’y atteindre, l’autre pour ne pas craindre de retomber au-dessous. Il en résulte donc une quantité de travail beaucoup plus forte,

  1. Life of Jefferson. I, 99.