Page:Laboulaye - Histoire politique des États-Unis, tome 1.djvu/555

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notre société, démocratique par ses lois civiles, ne l’est point par ses mœurs. Elle n’a point cette possession d’elle-même, ces habitudes d’ordre, ce respect du droit qui constituent la véritable liberté. Quel que soit le gouvernement qui régisse la France on y gêne la liberté et on l’étouffe par la centralisation. Nous en connaissons le trouble et l’agitation, nous n’en avons jamais goûté les bienfaits. L’Amérique se tient plus près des conditions de la nature humaine, dont le respect est la suprême loi du législateur, et elle a su faire la part de l’égalité aussi bien que celle de la liberté. L’éducation y égalise autant que possible le point de départ. Les institutions civiles repoussent le privilège ; c’est ensuite à la liberté qu’on s’en remet du soin d’organiser cette aristocratie naturelle qui, pour le bien de tous, remet aux plus capables la direction de la société.

Vous savez à présent que les lois civiles et politiques ne sont que le résultat des mœurs, des idées, des besoins d’un pays, et que les séparer de ce milieu c’est se condamner à ne pas les comprendre. Ce principe a été l’âme de nos leçons, c’est la lumière qui nous a guidé dans cette longue étude sur les colonies. C’est ce qui explique pourquoi l’histoire tient une si grande place dans nos recherches. Elle seule en ranimant le passé, en faisant revivre les générations éteintes avec leurs