Page:Laboulaye - Histoire politique des États-Unis, tome 1.djvu/63

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Ce que je voudrais encore vous faire comprendre, c’est comment les Américains, qui ont hérité du sens pratique de leurs aïeux, ont rendu leur constitution d’une exécution facile, en renfermant la question politique dans ses justes limites, en ne demandant à la constitution que ce qu’une constitution peut donner.

En France, nous réduisons tous les besoins de la société en problèmes politiques ; socialistes ou non, nous nous ressemblons tous en ce point, que nous demandons à l’État, aux chartes, une solution qu’aucun gouvernement, aucune charte ne peuvent donner. Mais nous aurons beau entasser la république sur la monarchie et le socialisme sur la république, nous n’arriverons jamais qu’à une impossibilité. Les institutions politiques ne sont qu’une part de la vie sociale, une forme, un moyen pour assurer le libre développement des intérêts, la satisfaction légitime des besoins généraux. Mais l’État n’est pas la société ; il n’est ni la religion, ni la morale, ni l’éducation, ni l’industrie, ni le commerce ; son rôle est d’assurer le libre jeu de ces sphères diverses, et non pas de les faire marcher à son profit. Pour peu qu’il entre trop avant dans cette organisation délicate, il empêche, il gêne, il détruit ce qu’il croit protéger. C’est ce que les Américains ont bien senti ; ils ont réduit le gouvernement à sa plus simple expression, ils l’ont débarrassé de