Page:Laboulaye - Histoire politique des États-Unis, tome 1.djvu/65

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fait pour élever la pensée vers ces régions sereines où n’atteignent point les passions du moment. J’aurais donc voulu qu’il me fût permis de vous conduire à la source inépuisable et pure de l’antiquité, de vous faire connaître cette Rome qui sera toujours pour la jurisprudence ce que la Grèce est pour les beaux-arts, l’éternel modèle, l’éternel idéal ; j’aurais été heureux de vous faire descendre dans cette mine du moyen âge, si curieuse, si variée, si riche ; mais aujourd’hui, quand la France inquiète appelle à son aide toutes les lumières, tous les dévouements, quand ce sont les principes mêmes de l’ordre social qui sont en jeu, je n’ai pas le choix du sujet ; il est de mon devoir d’appeler toute votre attention sur des questions qui contiennent la fortune même de la patrie.

Dans une position pareille, vous et moi, nous ne pouvons avoir qu’un but, la vérité. Je vous parlerai donc comme un homme qui ne s’adresse qu’à votre raison, qui a une confiance absolue dans votre impartialité, et qui croit qu’on peut compter sur la sienne. Je sais combien il est difficile que l’esprit reste tout à fait impartial en un pareil sujet ; mais, demeuré toute ma vie étranger aux partis par caractère et par conviction, alors même que cette indépendance n’était pas pour moi un devoir, j’ose au moins vous promettre d’apporter ici un désintéressement complet des passions du jour.