Page:Lacaussade - Poésies, t2, 1897.djvu/57

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poèmes et paysages

Comme un amant des bois et de leur frais mystère,
Comme un cœur qui s’isole et qu’a déçu la terre,
Fuyant les bruits d’en bas pour la paix des hauts lieux,
Dans la sérénité des monts silencieux
Vous habitez, ami ! De l’agreste chaumière
Votre main vint m’ouvrir la porte hospitalière.
C’est ici qu’incliné sous la neige des ans,
Libre enfin du fardeau de ces labeurs pesants
Qu’a portés sans faiblir votre mâle courage,
Vous vous êtes bâti, dans un site sauvage,
Ermite de nos bois, ce rustique séjour
D’où vous voyez tomber le soir de votre jour.
Content des humbles biens que Dieu vous garde encore,
Dans ce modeste abri qu’un blanc jasmin décore,
La main qui vous guida fut celle du malheur ;
Mais l’exil accepté n’arrache à votre cœur
Ni plaintes ni regrets, ô doux penseur ! ô sage !
Qu’importe que l’oiseau dont l’aile au loin voyage,
Ne trouve sur les bords qu’il effleure en passant
Que des rochers battus du flot retentissant,
Que d’incultes déserts ou de sombres ruines !
S’il délasse un moment ses pieds sur les épines,
Il rêve à son retour les gazons et les fleurs,
Puis il reprend son vol, car son but est ailleurs.

Salut, mon vieil ami ! d’une lyre novice
Vous l’indulgent conseil, vous l’arbitre propice.
Au censeur éclairé de mes jeunes travaux