Page:Lacenaire, éd. Cochinat, 1857.djvu/11

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croit l’éloquence, se montre là où la modestie des locataires ne veut pas la considérer comme une habituée du logis, il y aurait de la dureté à ne pas permettre qu’on lui fit bon accueil. On doit des égards aux étrangers.

« De cette effusion admirative est résultée au dehors l’opinion que Lacenaire était aussi, lui, un fameux légiste, un superbe parleur, un président de cour d’assises honoraire. Et de bonnes gens ont dit : « Puisque cet homme fait des vers magnifiques, et qu’il parle comme un avocat, ce n’est pas un homme ordinaire. » Trois jours après sa condamnation, il était un demi-dieu pour la rue. Les chiffonniers hochaient la tète d’incrédulité lorsqu’on leur annonçait la mort prochaine de Lacenaire. « Il a trop d’esprit pour ça, » disaient-ils ! On le voit, déjà l’impartialité de la loi était mise en doute par le gros peuple qui, à force d’entendre parler de l’esprit de cet homme, et jamais de son crime, s’imaginait qu’on allait être absous désormais de tout crime par l’esprit seul sans l’innocence.

« Quant aux résultats produits dans les prisons par la jactance de Lacenaire, ils sont irréparables : le mal est fait. Lacenaire est un dieu pour Poissy, pour Rochefort, pour Brest et pour Bicêtre. Il a élevé la guillotine au niveau de la gloire. Lacenaire est un saint, sa légende est dans la Gazette des Tribunaux, ce martyrologe édifiant de tous les scélérats de la terre. Son nom, au moment où j’écris, se pique, se tatoue avec du sang sur les bras, sur les poitrines des hôtes de Poissy. On l’invoque tout bas ; on s’encourage de son souvenir ; on se raffermit par son exemple. Vienne le jour où la Cour