Page:Lacenaire, éd. Cochinat, 1857.djvu/10

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« S’il avait eu de l’esprit, il n’aurait été que plus coupable. Est-ce que l’esprit n’est pas la raison perfectionnée ? S’il avait eu de l’esprit, il aurait été prudent. Il aurait prévu qu’on ne commet pas deux meurtres dans la société sans payer le premier du repos de sa conscience, et le second de sa tête, deux supplices, dont le premier est le plus cruel quand on a de l’esprit. Profanation ! on a appelé cet homme poète ! La poésie ! cette exaltation qui fait d’un mortel un Dieu ! la poésie ! c’est-à-dire une fraternité sainte avec les anges ! la poésie ! cette abnégation de la terre, de la fortune, de tout, à celui qui arrache un cœur tout vivant de la poitrine d’un homme, et va s’asseoir, une heure après, aux Variétés, et s’essuie les doigts sur le velours des banquettes ! Je défie un poète d’arracher une aile à un papillon ! »

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« Les avocats du barreau de Paris ont peut-être à se reprocher l’importance inusitée qu’on a donnée à cette affaire, hors des limites de la Cour d’assises, d’où, sans eux, elle ne serait pas sortie. On a interprété à l’avantage de Lacenaire, et presque en faveur de son innocence, les témoignages publics d’admiration qui lui ont été prodigués durant les débats, qu’il a, pour ainsi dire, dirigés lui-même, par une inexplicable complaisance du président, subjugué, il paraît, comme le reste du barreau. Sans doute l’admiration est un sentiment louable, et nous ne blâmons pas absolument les avocats d’avoir saisi, en dehors de leurs habitudes, une occasion de la faire éclater, sans s’arrêter à la cause plus ou moins légitime de cette admiration. Quand l’éloquence, ou ce qu’on