Page:Lacenaire, éd. Cochinat, 1857.djvu/14

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cence et de son identité, et il était sur le point d’être mis en liberté, lorsque le procureur du roi, désirant se renseigner davantage sur son compte, ordonna son arrestation par mesure de précaution.

Quelques jours après, le chef du parquet de Beaune apprenait, non sans étonnement, que son prisonnier de hasard n’était autre que le fameux Lacenaire, auteur, entre autres crimes, d’un double assassinat commis tout récemment au passage du Cheval-Rouge, à Paris, sur un nommé Chardon et sur sa mère, vieille femme presque septuagénaire.

On sait quel retentissement eut dans la France entière le procès de Lacenaire, et quelle sensation y firent le cynisme tranquille, l’orgueil démesuré et les théories froidement sanguinaires de ce malfaiteur, qui versait le sang, pour ainsi dire, sans haine et sans crainte.

Il se révéla aux Parisiens étonnés comme un spéculateur aux yeux duquel un meurtre n’était qu’une affaire, comme un homme qui apportait dans la conception et le calcul des chances d’un assassinat le sang-froid d’un banquier, et dans son exécution, le calme d’un chirurgien éprouvé.

Il fit frémir les uns, passionna les autres, et se fit, ― ô misère ! ― des admirateurs enthousiastes ! ― Il reçut des visiteurs empressés jusqu’à l’importunité ! et, ― qui le croirait ! ― des billets parfumés et sympathiques de quelques dames du monde.

Pendant plus de deux mois, cet homme gorgé de sang absorba l’attention, l’émotion et la curiosité de la grande ville. Paris ne parla et ne voulut entendre parler que de