Page:Lacenaire, éd. Cochinat, 1857.djvu/154

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reau de placement situé dans le passage, les rencontra.

— Nous allions chez toi, lui dit Lacenaire.

— Eh bien ! remontons, répondit Chardon.

Et ils regagnèrent tous trois la maison du faux frère de charité.

Jamais endroit ne fut plus propice à l’égorgement d’un homme que ne l’était cet appartement. Qu’on se figure un escalier noir, en forme de vrille, aux marches étroites, et boueuses et ayant pour rampe une corde graisseuse, rivés dans la première pièce du logis, qui semble jetée comme un pont sur le passage, et qui est isolée des autres appartements, ils entamèrent une conversation insignifiante avec Chardon ; puis, Avril, s’élançant tout à coup sur celui-ci, comme un jaguar, le saisit à la gorge.

Lacenaire tira de sa poche un carrelet emmanché dans un bouchon et le frappa d’abord par derrière, ensuite par devant. Chardon était sans habit, et, d’ailleurs, épuisé par l’énervante débauche à laquelle il se livrait. Il essaya de crier, sa voix ne put sortir de son gosier, interceptée qu’elle était dans les doigts d’Avril. Il voulut fuir, impossible ! Il tomba, et ses jambes s’agitant comme ceux du mouton qu’on égorge à l’abattoir, heurtèrent un petit buffet plein de vaisselle et l’ouvrirent. Avril acheva Chardon à coups de merlin, et reçut à son gilet et à sa chemise des éclaboussures de sang.

Lacenaire les quitta alors, et entra dans l’autre pièce. Une vieille femme y dormait, — c’était la mère ! — il la frappa, lui seul, à la tête, au col, à la poitrine avec le même carrelet qui venait de servir à son fils, et telle était la violence de ses coups, que la pointe de l’instru-