Page:Lacenaire, éd. Cochinat, 1857.djvu/17

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que qui pénètre les cœurs les plus durs. Sa beauté était la seule chose qui ne fût pas monotone et froide dans cette maison, où elle répandait le parfum de sa jeunesse, comme ces fleurs qui s’entr’ouvrent à l’ombre des vieux murs et embaument les cours des maisons en ruine.

Douce et pudique, pieuse et dévouée, elle promettait de faire une femme parfaite. M. Lacenaire l’avait vue se développer sous ses yeux, dans toute sa pureté, jusqu’à l’âge de dix-huit ans, et bientôt, pour elle, l’amour succéda à l’estime dans son cœur jusqu’alors fermé.

Pourtant, il hésita longtemps à la demander en mariage, non pas, comme on pourrait le croire, à cause de l’inégalité de fortune qui existait entre eux : cette circonstance lui était indifférente ; mais à cause de l’effrayante disproportion d’âge qui semblait s’opposer à cette alliance.

L’amour sans argent opère déjà des prodiges, jugez donc de ce qu’il peut faire lorsqu’il est aidé de la fortune ! Aussi, entre cet homme mûr et riche et cette belle fille pauvre, un mariage fut-il conclu sans difficulté.

Mais, hélas ! dès les premières années de cette union, madame Lacenaire commença à entrevoir les chagrins qu’elle avait appelés sur sa tête, en unissant sa destinée à celle d’un homme aussi sauvage et aussi sombre que l’était son mari.

Il était devenu très jaloux, et pour lui complaire, la jeune femme s’était séquestrée du monde. Elle pleurait sa jeunesse dans un isolement qui lui pesait d’autant plus, qu’aucun enfant n’en était venu rompre le silence.

On était en 1797, M. Lacenaire avait toujours continué