Page:Lacenaire, éd. Cochinat, 1857.djvu/204

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


— Mais quand il serait vrai que vous eussiez été victime de la société, vous n’avez frappé que des innocents, continua le journaliste.

— Cela est vrai ; aussi ai-je plaint ceux que j’ai tués ; mais je les ai frappés, parce que c’était un parti pris contre tous.

— Ainsi, vous vous étiez fait un système de l’assassinat ?

— Oui, et je l’ai choisi comme moyen de ma propre conservation et pour assurer mon existence.

— On conçoit plus aisément que l’homme poussé par l’impérieuse nécessité se décide à commettre un crime pour la satisfaire ; mais vous, c’était pour dépenser le prix du sang en orgies. Dites, Lacenaire, avez-vous jamais éprouvé quelque accès d’une fièvre morale, une sorte de frénésie du crime, et du plaisir à l’exécuter ?

— Non.

— Alors vous avez fait cela froidement, comme une opération commerciale, par calcul, par combinaison.

— Oui.

— Si vous n’étiez pas naturellement cruel, lui demanda le médecin, comment avez-vous pu parvenir à étouffer en vous tout sentiment de pitié ?

— L’homme fait tout ce qu’il veut. Je ne suis pas cruel, mais les moyens devaient être en harmonie avec le but ; assassin par système, il fallait me dépouiller de toute sensibilité.

— Vous n’avez donc jamais eu de remords ?

— Jamais.

— Aucune crainte ?