Page:Lacenaire, éd. Cochinat, 1857.djvu/203

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Au bout d’une heure, les mêmes personnes passaient près de son lit, dans la grande salle de l’infirmerie.

Il avait pour voisin un jeune homme, voleur de profession, ruiné par la plus honteuse débauche et dévoré par une phthisie pulmonaire qui ne lui laissait plus que peu de jours à vivre : deux agonies qui se regardaient, qui se heurtaient.

— Lacenaire, lui disait ce jeune homme, je regrette vivement de ne pas être libre pour assister à ton supplice et voir si, en montant sur la planche, tu auras le même aplomb qu’ici.

— Je te le garantis, répondit Lacenaire sans affectation. Comme le plus coupable, je dois être exécuté le dernier ; avant de mourir, je pourrai voir tomber la tête de mes co-accusés, s’ils sont aussi condamnés à mort.

En entendant ces épouvantables paroles, on n’hésita plus à causer avec lui de ses propres affaires.

— Lacenaire, lui-dit le docteur, vous n’êtes point un homme vulgaire. Vous avez une déplorable portée d’esprit. Comment votre intelligence ne vous a-t-elle pas défendu contre vous-même ?

— Ah ! il s’est rencontré un jour dans ma vie où je n’avais d’autre alternative que le suicide ou le crime.

— Pourquoi donc ne vous êtes-vous pas suicidé ?

— Je me suis demandé alors si j’étais victime de moi-même ou de la société ; j’ai cru l’être de la société.

— C’est un raisonnement commun à tous les criminels.

Lacenaire ne répondit rien.

Après une pause :