Page:Lacenaire, éd. Cochinat, 1857.djvu/23

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


était d’une sévérité outrée et d’un rigorisme ridicule. Les élèves étaient cafards et s’espionnaient les uns les autres au profit des supérieurs. Le collégien de Saint-Chamond ne tarda pas à prendre cette maison en horreur et à faire tout son possible pour en être chassé ; il n’y réussit que trop. On le renvoya alors au lycée de Lyon.

Il s’y trouvait à peine depuis deux mois qu’une révolte y éclata. On était alors en 1815. L’Empereur s’échappait de l’ile d’Elbe et marchait sur Paris. Les provinces placées sur sa route étaient dans une agitation extrême, et la fermentation descendait pour ainsi dire de la tête des hommes à celle des enfants. Les collégiens de Lyon se soulevèrent et crièrent : Vive la République !

Contrairement à ce qui se passe dans le monde, les chefs de ces conspirateurs imberbes se compromirent plus que les simples soldats, et furent tous renvoyés. On se réserva d’en finir avec les autres quelques jours âpres. Lacenaire n’avait pas trempé dans cette insurrection universitaire ; car, en dépit de Tite-Live et de Démosthène, il n’a jamais eu de goût pour la république, fût-elle grecque ou romaine. Mais comme les principaux agents de la révolte l’avaient porté sur une « liste des conjurés, » qu’ils s’étaient crus obligés de faire pour obéir aux saines traditions classiques, et comme de tout temps cette fameuse liste, si inutile entre gens qui se connaissent, n’a jamais été composée que pour tomber aux mains du tyran, dans le quatrième acte des tragédies, celled es lycéens se trouva naturellement au pouvoir du proviseur. À son tour, ce fonctionnaire dressa sa table de proscription, et expédia l’ex-séminariste à sa