Page:Lacenaire, éd. Cochinat, 1857.djvu/289

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s’écriait jadis « que toutes les eaux de l’Océan réunies ne pouvaient laver ces taches-là. » Pour les accusés, la chose est plus simple, on met le manteau d’une des victimes sur le sang qui a jailli de ses plaies ; on va aux Bains-Turcs, et tout est effacé. Puis on dîne, on se délasse aux Variétés des émotions de l’assassinat ; et Avril termine dans une maison de prostitution une journée si bien commencée, si bien remplie.

Le lendemain, vous croyez peut-être que le crime se reposera ? Nous ne parlerons pas de remords, nous savons trop qu’il n’a point accès dans certaines âmes ; mais enfin le bras se fatigue, et l’on éprouve le besoin de faire au moins une halte dans le sang. Non ; pour de tels hommes, un crime commis n’est qu’un acheminement, une facilité de plus pour commettre un nouveau crime, et pour le commettre sur une bien plus grande échelle. Il ne s’agit plus désormais de ravir à un hypocrite mendiant les quelques aumônes par lui recueillies, à une grabataire infirme les minces épargnes de ses derniers jours. À nous maintenant les recettes des Pillet-Will, des Lowemberg, des Rothschid, des Mallet ! L’opération est aisée. Nous présentons à l’une de ces maisons un billet payable à un domicile qui sera le nôtre. À l’échéance, le garçon de caisse arrive avec une lourde sacoche, avec un riche portefeuille. Nous le tuons, et nous lui prenons tout.

Dès le 15 décembre, en effet, et avec les fonds du Cheval-Rouge, Lacenaire, sous le nom de Mahossier, loue un obscur logement rue Montorgueil, 66. Avril, qui doit être encore son second, qui a payé sa part dans