Page:Lacenaire, éd. Cochinat, 1857.djvu/297

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dans les lettres, pouvait lui assurer une aisance honorable, il l’ait brisée pour l’échanger contre le sanglant tire-point ?

Voilà ce qui arrive, quand on n’a pas cette foi calme dans l’avenir, qui se confie au travail et à la patience : quand on veut tout conquérir en un jour, maladie trop commune de notre siècle ; quand, entraîné par des passions désordonnées, on aime mieux s’enivrer d’une horrible supériorité parmi les pervers, que de prendre place parmi les bons et parmi les honnêtes.

Mais, plus on est tombé de haut, plus on est coupable, plus aussi l’on doit servir d’exemple à tous.

Nous ne nous le dissimulons pas : vous êtes en présence d’un pénible devoir ; mais les devoirs pénibles sont précisément ceux qu’il est le plus méritoire d’accomplir. Vous l’accomplirez donc, car la sûreté publique est gravement compromise, car la plaie sociale est profonde. Ils n’hésitent pas, eux, quand il s’agit de frapper leurs victimes ; vous n’hésiterez pas davantage pour les frapper à leur tour. Et autant les méchants déploient de fermeté, d’énergie pour commettre le mal, autant vous en aurez, vous, pour le réprimer.

Me Brochant, jeune avocat chargé de la défense de Lacenaire, succède au ministère public, et s’exprime ainsi :

Messieurs,

Après ces longs et pénibles débats, où se sont déroulés tant de scènes sanglantes, tant d’écrasants témoi-