Page:Lacenaire, éd. Cochinat, 1857.djvu/300

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dans la retraite du fruit de ses veilles, lorsqu’il se maria. — De cette union naquirent treize enfants.

J’insiste sur cette circonstance, parce qu’elle est la cause première des malheurs de cet homme, qui fût toujours resté pur, s’il eût toujours été à l’abri du besoin.

Son père, jaloux de laisser à chacun des siens une position qui leur fit chaque jour bénir sa mémoire, rentra dans les affaires, entreprit un commerce qu’il ne connaissait pas, se lança peut-être dans des spéculations hasardées, et finit par engloutir peu à peu, et à l’insu de tous, la fortune qu’il devait à ses premiers travaux.

Cependant le jeune Lacenaire achevait ses études et se faisait remarquer au collège de Lyon par son zèle, son aptitude et le tour original de son esprit ; il apprenait rapidement, était aimé, chéri de tous ses maîtres ; et si vous en vouliez une preuve, je n’aurais qu’à vous citer l’exemple d’un de ses anciens professeurs, qui lui prodigue encore chaque jour les marques d’un touchant intérêt.

À sa sortie du collège, il témoigna le désir de venir à Paris pour se livrer à l’étude du droit ; il était possédé du besoin de s’instruire et d’utiliser ses heureuses dispositions…

Mais on s’y opposa ; ses prières, ses larmes furent inutiles. Il ne savait pas, le malheureux enfant, que le motif de cette résistance était une plaie qui déchirait les entrailles de son père, et que celui-ci cherchait à cacher à tous les yeux !… Le dérangement de sa fortune ne lui permettait déjà plus de faire les sacrifices toujours indispensables pour satisfaire aux vœux de son fils.

Voyez donc, messieurs, à quoi tiennent nos destinées