Page:Lacenaire, éd. Cochinat, 1857.djvu/306

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que l’on peut fréquenter, la plupart ne sont, comme vous pouvez le penser, que des gens perdus de vices et abrutis dans le crime ; aussi, plutôt que de retomber dans une semblable maison, je préférerais mille fois endurer ce que la faim a de plus cruel. Si j’ai des actions de grâces à rendre à la Providence, c’est de ne m’être pas laissé abandonner au découragement et au désespoir. C’est à vous, monsieur, que j’en serai redevable ; puissiez-vous jouir de votre ouvrage en disant : J’ai ramené un homme du chemin du crime pour lequel il n’était pas né. Votre connaissance fera époque dans ma vie, car sans vous, je ne doute pas, qu’abandonné de tout le monde, j’aurais continué à parcourir la carrière honteuse de laquelle la nécessité et le délaissement des hommes m’auraient empêché de sortir, etc… »

Vous voyez, messieurs, que de bonnes pensées avaient repris leur empire. Ce n’étaient pas seulement des travaux futiles qui occupaient son esprit et dirigeaient sa plume. Pendant sa détention, il veut du moins que sa honte et sa souffrance profitent à la société ; il s’occupe du régime des prisons, il scrute les consciences, remonte à la source de tant de maladies, en cherche le remède, et envoie à M. Vigouroux le fruit de ses observations.

Au mois d’août 1834 il sort de prison, se présente chez son protecteur. Celui-ci l’accueille avec bonté, lui fournit les bardes qui lui manquent et lui donne quelques secours. Lacenaire se crée à l’avance une vie honorable, l’avenir lui apparaît sous de brillantes couleurs, il se redresse plein d’espoir et se met au travail.

Dans ce moment il ne lui fallait qu’un peu d’or pour le