Page:Lacenaire, éd. Cochinat, 1857.djvu/321

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peur. François retomba épuisé sur son banc. Lacenaire, dont l’impassibilité ne s’était pas démentie un instant, regarda son coaccuséavec un sourire de triomphe, et lorsque François se retourna vers lui, il lui tira la langue ainsi que le ferait un véritable gamin. Ce fait incroyable nous a été affirmé par un témoin de visu, alors avocat, et devenu depuis un de nos savants jurisconsultes. L’aspect de cette scène satanique cause une sorte de stupeur. Au milieu de l’émotion générale, M. le président Dupuy prononça la clôture des débats, et reproduisit, avec une impartialité et une précision remarquables, dans son résumé, les charges de l’accusation et les moyens de la défense.

À onze heures, MM. les jurés entrèrent dans la chambre de leurs délibérations. On fit sortir les accusés de la salle. En descendant dans sa prison, Lacenaire, conduit au milieu de deux gendarmes, chancela sur les marches graisseusses de l’escalier qui conduit du Palais à la Conciergerie. — Mauvais signe ! dit-il en riant d’un rire livide.

Puis il demanda une tasse de café qui lui fut servie aussitôt.

À deux heures, un coup de sonnette annonça que le verdict était rendu ; la Cour rentra en séance, un profond silence s’établit, et le chef du jury, tout ému, prononça affirmativement sur les divers crimes imputés aux accusés, en admettant des circonstances atténuantes à l’égard seulement de Martin François.

Quant à Avril, lorsqu’il sut la réponse des jurés en ce qui le concernait, il jeta un regard furieux sur leur