Page:Lacenaire, éd. Cochinat, 1857.djvu/336

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prise pour une impatience nerveuse. Mort ! en ami de la science, et de la main d’un savant ! de préférence à celle du bourreau !… j’y gagnais. Mon exécution devenait originale… on en eût parlé.

« La tentation d’éteindre moi-même le flambeau m’est venue. J’ai, l’espace de cinq minutes, retenu mon haleine ; j’en serais venu à bout !… mais l’imagination, cette folle de la maison, m’a brusquement chassé de cette riante perspective. J’ai vu Avril ouvrant bien grands ses yeux de chat, puis entrant dans une rouge colère, parce que monsieur Lacenaire le laissait partir tout seul, et ne mêlait pas son sang au sien sur le trimar… Je me serais encore bien arrangé de la fureur et de la stupéfaction d’Avril, elles m’auraient même amusé un instant ; mais ce bon M***, à qui je dois des soins si complaisants et qui avait facilité ma mort !… il restait aux prises avec la justice ; il perdait sa place, et il a de la famille ! Et encore ce pauvre médecin, harcelé par l’inquisition judiciaire, accusé presque d’assassinat avec préméditation, tout au moins accusé d’ignorance, de maladresse… c’était une réputation perdue !

« Tout cela m’a désenchanté : je me suis décide à vivre.

« M. Dumoustier a tiré le fil, a fait la section du plâtre, a dépecé les contours ; puis il m’a découvert la face et a enlevé la contre-épreuve de moi-même, avec précaution, en deux quartiers ; le bourreau n’en feru qu’un morceau.

« Le bon docteur était transporté d’aise ! l’operation avait réussi ; il m’a serré les mains : qu’aurait-il fait s’il se fût douté de l’obligation qu’il m’avait !