Page:Lacenaire, éd. Cochinat, 1857.djvu/44

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nir, il se recueillit, posa sa tête alourdie dans ses deux mains, superposa le tout sur la table, et se mit à ronfler un instant après, comme jamais ne le fit une contrebasse.

Les poings crispés par une rage silencieuse, Lacenaire avait envie de saisir un couteau pour en frapper l’ivrogne endormi, mais de plus en plus enrayé de son affaire avec le courtier-marron, tremblant d’être arrêté en rentrant en ville, force lui fut de laisser son amphitryon à ses rêves gastronomiques et de filer pendant un des interminables points d’orgue qu’il exhalait dans son sommeil.

Deux jours après il était à Lyon.

Qu’on dise après cela qu’il n’y a pas un Dieu pour les buveurs !


CHAPITRE VII.

Le régiment. ― Le déserteur.


Une fois à Lyon, Lacenaire chercha à tirer encore de l’argent de sa famille, mais la situation de son père était trop triste pour que la chose fût possible. Sa croyance persistante à la fortune du négociant lui faisait trouver un caractère d’atrocité dans ses refus, et les privations qu’il endurait le remplissaient de tristesse. Il était d’autant plus désespéré de cette situation que, ayant emprunté sur parole d’un de ses meilleurs camarades, six