Page:Lacenaire, éd. Cochinat, 1857.djvu/45

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cents francs sur une somme de quinze cents, consacrés par le jeune homme à son remplacement dans l’armée, il voyait le prêteur sur le point de partir, et lui-même dans la nécessité de briser l’avenir d’un ami dévoué, en manquant à sa parole ; car, — chose étrange, et qui prouve combien chacun entend l’honneur à sa manière, ce débiteur, déjà faussaire et assassin, gémissait de ne pouvoir tenir un engagement dont sa loyauté était la seule garantie ; — et, il était en cela tellement sincère, que, pour obtenir de son père l’argent nécessaire à l’extinction de cette dette, il lui proposa en retour, de partir et de s’engager.

Il pouvait le faire impunément ; — tout le monde ignorait sa première incorporation. M. Lacenaire y consentit, fit encore un effort, et acquitta l’emprunt sur le vu de l’acte d’engagement. Mais il ne voulut pas laisser plus longtemps le jeune homme à Lyon, et l’envoya momentanément à Grenoble.

Madame Lacenaire remit en secret cent écus à son fils. Sa répugnance pour lui avait entièrement disparue, et, maintenant qu’il n’était plus digne de ses caresses, elle les lui prodiguait et se montrait, à son égard, mère tendre et dévouée. Il était trop tard ! Elle l’embrassa avec des larmes de douleur, comme si elle pressentait la destinée de ce triste enfant… Hélas ! elle ne devait jamais le revoir !

Le séjour de Lacenaire à Grenoble ne fut qu’une longue débauche avec les étudiants de cette turbulente Faculté. Il ne songea à regagner son régiment, alors en garnison à Montpellier, et désigné pour faire partie de la