Page:Lacenaire, éd. Cochinat, 1857.djvu/59

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C’est, en effet, une chose digne de remarque, combien la captivité énerve l’homme et le rend incapable d’énergie pour tout ce qui est étranger à son évasion. Les piliers de prison, qui, tout en la maudissant par habitude, peuvent y vivre sans effroi avec un avenir de plusieurs années de détention devant les yeux, ne sont bons à rien et ne laissent pas d’être dangereux. Ils n’ont pas le courage du crime, et ce n’est pas un de ces êtres que cherchait ce racoleur de bagne.

Pour trouver son séide, il avait de prime abord observé soigneusement tous ceux qui devaient sortir à peu près en même temps que lui, et, dans cette foule de bandits, il n’avait distingué aucune nature trempée pour le crime. Il n’y avait donc rien à faire avec ces êtres voués à un éternel mépris par leur basse et vulgaire abjection. Les prisonniers doués d’un peu d’énergie, ayant de la race ou du cachet, comme on dirait aujourd’hui, ne devaient être libres qu’à des époques très reculées ; il était aussi imprudent qu’inutile de leur faire des propositions pour l’avenir.

Lacenaire ajourna à un temps meilleur ses projets d’embauchage pour l’assassinat, et se livra exclusivement à ce qui fut toujours chez lui presqu’une monomanie : à la versification.

Il a prétendu, et nous n’avons pas de peine à le croire, qu’en se consacrant à ce passe-temps, il redevenait plus heureux qu’il ne l’avait jamais été, même à l’époque où le jeu et l’escroquerie lui permettaient de satisfaire toutes ses fantaisies.

« Si j’aime la poésie, dit-il à ce propos avec une fa-