Page:Lacenaire, éd. Cochinat, 1857.djvu/60

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tuité excessive, rien n’est aussi assommant pour moi que d’écrire en prose. C’est dommage qu’il soit si difficile au langage des Muses de se dépouiller de l’hyperbole. Sans cela, lecteur, tu aurais eu le plaisir de lire mes Mémoires en vers, et cela m’eût beaucoup moins coûté que cette mauvaise prose. »

Méry n’eût pas mieux dit, lui qui écrivait à Alexandre Dumas : « Mon cher ami, pardonnez-moi de vous écrire en vers : — je suis très pressé. »

Ce n’est certes pas nous qui nierons les joies attachées à l’enfantement heureux d’une élégie, d’une ode ou d’un poème, et le charme que répand sur la vie le culte de la poésie ; mais nous n’admettrons jamais, pour l’honneur des lettres, — et parce que cela n’est pas vrai ! — qu’on puisse être en même temps voleur, meurtrier et poète. Un bandit, quel qu’il soit, peut faire des vers, c’est possible ; mais, quant à avoir dans le cœur cette fibre attendrie, dans le cerveau cette étincelle sacrée qui font le vrai poète, c’est autre chose !

La tante de Lacenaire l’avait assisté pendant son séjour dans ses diverses prisons ; mais, deux mois avant la sortie de Poissy de son terrible neveu, elle cessa de lui témoigner le moindre intérêt, et partit pour la campagne sans lui laisser son adresse. Elle se contenta seulement de faire déposer pour le détenu, chez le concierge, quelques effets d’habillement.

La vieille dame avait peur d’avoir sur les bras un parent aussi gênant. Le condamné reçut fort à propos ces vêtements pour quitter la maison centrale ; sans cela il risquait fort de s’en aller presque nu, et, comme il ne