Page:Lacenaire, éd. Cochinat, 1857.djvu/82

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tout de noir habillé, et boutonné jusqu’au menton. Il n’y fit pas grande attention d’abord. Le monsieur maigre se plaça près de lui sans jouer. Chaque fois que, se trouvant décavé, il s’en allait chercher de l’argent, cet individu, dont les yeux étaient sans cesse fixés sur lui, se dérangeait aussi, venait jusqu’au sommet de l’escalier, puis rentrait dans le salon de jeu. À la dernière course que fit Lacenaire pour aller rejoindre les clercs, le personnage muet descendit tout à fait et l’escorta jusqu’au bout de la galerie d’Orléans, toujours impassible. Tout pressé qu’était notre joueur, il revint sur ses pas et vit l’homme noir en train d’arpenter le passage. Il partit un peu préoccupé de l’aspect de ce promeneur automatique. En traversant à son retour le vestibule qui conduit à la galerie de Valois, il revit l’étrange apparition. Elle interrompit alors ses allées et venues, remonta côte à côte avec lui les marches du tripot aussi silencieusement qu’auparavant.

Lacenaire se plaça devant la roulette, l’homme se mit derrière lui. Il s’apprêtait à jouer lorsqu’il sentit une main se poser lourdement sur son épaule. Il se retourna. C’était son imperturbable voisin qui l’interpellait. Lacenaire le regarda avec des yeux inquiets :

— Que voulez-vous de moi, enfin ! lui dit-il avec impatience.

— Rien, jeune homme, lui répondit son mystérieux interlocuteur, en ouvrant une large bouche où branlaient deux dents longues et jaunâtres ; rien. Mais sachez seulement ceci : Le jeu mène à l’échafaud !

Impressionné par cette sentence, Lacenaire réfléchit