Page:Lacenaire, éd. Cochinat, 1857.djvu/81

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manteau de guerre ce nouveau Latour-d’Auvergne, et le déposer au tombeau jusqu’à demain. Je vais donc solliciter pour cela une couverture de laine et un lit de sangle de la complaisance du patron.

Le restaurateur fit droit à la requête de son fastueux client, et on descendit à bras, au rez-de-chaussée, le cadavre vivant du brave.

Ce n’était pas tout ! Il restait encore à réveiller plusieurs clercs, grièvement blessés, et ronflant à terre, le long des chaises ; ils étaient tombés les uns sur les autres et se trouvaient juxta-posés en pyramides comme les morts de la bataille d’Eylau, d’après le tableau de Gros. Ceux-ci tenaient avec tant de ténacité au parquet, qu’ils semblaient y être incrustés et il ne semblait pas que ce fût chose facile que de les en arracher. L’appât de la soupe à l’oignon ne les retirant point de leur léthargie, il fallut que Lacenaire, aidé des autres compagnons, employât la force pour les expulser définitivement de la salle à manger.

Il parvint enfin à les expédier à la barrière, moins le malade, en les priant de l’attendre pendant encore une heure, et il fit un quatrième voyage à sa cassette. Elle ne contenait plus que trois billets de banque, deux de mille francs et un de cinq cents.

Il les saisit d’une main tremblante et regagna au galop l’infâme maison. Le chiffre qui la désignait aux regards des joueurs brillait d’un éclat sinistre.

En montant la première fois au tripot, il avait rencontré sur les marches un vieil homme grand, sec et pâle,