Page:Lacenaire, éd. Cochinat, 1857.djvu/85

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se prosternant devant le roi de la fête. Ce n’est pas en toile damassée, c’est en or que je vous l’eusse offerte, si moi-même j’avais eu un peu plus d’argent… d’amassé !

Un clerc d’avoué en délire peut seul se permettre un coq-à-l’âne aussi violent.

Une explosion de murmures et de cris d’horreur accueillit ce calembour insensé, et celui qui l’avait perpétré, voyant, au bruit qui se faisait, quel effet son mot avait produit, passa sa main droite entre sa chemise et son gilet, prit l’attitude d’un orateur bravant la foule, et fixa sur ses confrères un regard empreint d’un dédain superbe.

— Allons, mes enfants, le calembour a son charme, mais il ne désaltère guère. Du punch ! — jeune courtisan, fit Lacenaire, en s’adressant au clerc, qui gardait toujours sa pose sculpturale.

On emplit son verre, et toute la nuit, il continua de boire, de rire et de manger, sans qu’un seul des assistants pût lire sur sa figure ses pertes désespérées et l’appréhension du lendemain. Cependant, le dimanche matin, en entrant à Paris, il se trouva maître de sept francs dix sous pour toute fortune. Il n’était pas ivre, malgré les excès de la veille, et il s’en alla tranquillement dormir, en pensant, non pas à l’argent perdu, il en avait pris son parti, mais à l’espèce de vision qu’il avait eue la veille à la roulette ; car, depuis lors, il ne revit jamais le grand vieillard.