Page:Lacenaire, éd. Cochinat, 1857.djvu/92

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Ils revinrent, en effet, sur les neuf heures, et bientôt ils aperçurent leur homme qui se levait de table et sortait. Lacenaire le suivit. Arrivé en bas, dans une des galeries du Palais-Royal, une personne nécessiteuse s’approcha du promeneur, et lui demanda quelque secours. Le joueur le repoussa avec grossièreté, et cependant il venait de gagner une dizaine de mille francs.

Après avoir accompagné M. l’Avocat jusque chez lui, Lacenaire revint trouver ses collègues, et leur fit part de ses observations.

— L’affaire me parait sûre avec le moindre courage et la moindre résolution, leur dit-i. Il ne faut pas en remettre l’exécution plus loin qu’à demain.

Ils se retrouvèrent effectivement tous les trois le jour suivant à la galerie d’Orléans, et lorsque le richard y passa pour aller se livrer à son occupation favorite, ils suivirent ses pas.

M. l’Avocat sortit de la roulette à son heure habituelle, mais au moment décisif, l’un des voleurs faiblit. Il eut peur. Un tremblement convulsif le saisissant aux jarrets, il s’assit sur une borne, et, tandis que les deux autres le gourmandaient, l’homme aux cent mille francs entrait dans la zone de lumière de la rue de Richelieu.

Le poste de la Bibliothèque, si défavorable aux aventuriers, était trop proche. Le coup était donc manqué, il n’y fallait plus songer, pour ce soir-là, du moins.

Les deux complices poussèrent le troisième, chancelant et blême, dans un des couloirs qui communiquent à la rue de Montpensier. Ils le firent entrer dans un petit bouge situé en face le théâtre du Palais-Royal et devenu