Page:Lacenaire, éd. Cochinat, 1857.djvu/96

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Munis de tire-points bien effilés, ils se rendirent le matin, vers neuf heures, chez un marchand de vin de la Chaussée-d’Antin, en face de la maison de M. l’Avocat.

Ils s’assurèrent que le gibier était au gîte, déjeunèrent à l’entresol de la boutique, auprès d’une fenêtre d’où ils pouvaient voir sortir celui qu’ils veillaient s’il en avait eu l’idée, et se distribuèrent leur rôle dans la prévision de cette fantaisie. En effet, vers une heure, le millionnaire franchit le seuil de la porte ; ils se mirent à sa piste à distance respectueuse. Il rentra chez lui ; les deux complices se remirent en faction aux alentours de sa maison. À six heures et demie, l’homme ressortit, et, comme des chiens qui ont empaumé la voie, ils ne perdirent pas une seconde sa trace. À sept heures, il monta l’escalier de la maison de jeu ; les deux chasseurs le gravirent ensemble avec lui, et se placèrent à ses côtés à la roulette.

À neuf heures du soir à peu près, par un inexplicable changement à ses habitudes, l’homme se leva et quitta la partie. Les limiers crurent d’abord qu’il ne faisait qu’un entr’acte, mais ils s’aperçurent bien vite que c’était un départ réel. En deux minutes, ils furent de nouveau sur ses brisées.

Après être entré au passage Choiseul et s’être promené quelque temps avec quelqu’un, le joueur, sur la tête duquel la mort planait depuis une heure, entra sur la place Ventadour pour satisfaire à une nécessité.

Il pouvait être dix heures ; malgré l’heure peu avancée de la nuit, la place était tout à fait déserte et présentait un contraste frappant avec la galerie voisine pleine de