Page:Lacenaire, éd. Cochinat, 1857.djvu/97

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lumière et de masques en train de gagner les boulevards.

Les deux assassins n’avaient point perdu de vue M. l’Avocat, qui se trouvait alors debout contre un des murs de la salle Ventadour, appelée dans ce temps-là le Théâtre-Nautique, et ils le regardaient dans l’ombre avec des yeux irrésolus.

Il était de bien bonne heure pour assassiner !

Tout à coup,comme emporté par un mouvement irrésistible, et sans rien dire à Lacenaire, R… court sur M. l’Avocat, un tire-point à la main ; mais au lieu de le frapper par derrière, comme il en était convenu, et comme cela lui aurait été si facile, le meurtrier, à l’aide de son bras gauche, força le joueur à se retourner tandis qu’il le menaçait du bras droit. Ce mouvement de rotation donna le temps à M. l’Avocat de crier à l’assassin. Le bras de R… se baissa au moment où Lacenaire, qui devait porter le premier coup, arrivait vers la proie. La croisée d’un cabinet de lecture, donnant sur le théâtre, s’ouvrit aux cris du blessé, et les assassins s’enfuirent…

Toute cette scène avait duré à peine une minute.

Les deux complices se rejoignirent sur le boulevard des Italiens. Lacenaire, outré, s’emporta en reproches et en injures contre son compagnon.

— Vous parlez de la lâcheté de B. — Vous êtes encore plus lâche que lui ! Comment ! vous avez un tire-point à la main, vous abordez un homme par derrière, et vous avez peur de le frapper !

— Moi, lâche ! répondit R… c’est au contraire parce que je ne le suis pas que je n’ai pas voulu porter le coup