Page:Laclos - Les liaisons dangereuses, 1782, T02.djvu/192

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190 Les Liaisons

me croyez plus sur parole. Il faut donc vous édifier.

Premièrement, cette fille est ma sœur de loit, & ce lien qui ne nous en paroît pas un, n’est pas sans force pour les gens de cet état ; de plus, j’ai son secret, & mieux encore ; victime d’une folie de l’amour, elle étoit perdue si je ne l’eusse sauvée. Ses parents, tout hérissés d’honneur, ne vouloient pas moins que la faire enfermer. Ils s’adresserent à moi. Je vis, d’un coup-d’œil, combien leur courroux pouvoit m’être utile. Je le secondai & sollicitai l’ordre, que j’obtins. Puis, passant tout à coup au parti de la clémence auquel j’amenai ses parens, & profitant de mon crédit auprès du vieux Ministre, je les fis tous consentir à me laisser dépositaire de cet ordre, & maîtresse d’en arrêter ou demander l’exécution, suivant que je jugerois du mérite de la conduite future de cette fille. Elle sait donc que j’ai son sort entre les mains ; & quand, par