Page:Laffitte - Le grand malaise des sociétés modernes et son unique remède.djvu/12

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Dessinez, disait ce professeur d’océanographie, un invraisemblable poisson, né de votre imagination, empruntant tête et corps aux animaux les plus divers, disposant les organes au jeu d’une inspiration cocasse. Cet hurluberlu, qui paraît créé par le délire, il existe, soyez-en persuadé, il se promène dans la mer à des profondeurs d’autant plus grandes qu’il est plus baroque. Un jour un coup de filet le remontera de ces profondeurs, qui en cachent de plus extravagants encore.

Il n’ajoutait point que cette fantaisie a ses raisons et cette extravagance sa logique, parce que depuis Lamarck nous savons que ces bizarreries de la création et ces caprices de la nature ne sont qu’une adaptation physiologique à des nécessités physiques.

Cette observation des sciences naturelles est valable également dans le domaine de la sociologie où nous trouvons la même variété infinie de formes née de nécessités économiques nombreuses et diverses. Les mêmes moyens répondent invariablement aux mêmes besoins. Que si, par exemple, nous étudions la propriété nous y trouverons comme dans la mer tous les poissons nés de notre imagination, je veux dire que nous ne pourrons inventer un mode quelconque de possession foncière qui n’ait existé au cours des innombrables transfor-

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