Page:Lamare - Histoire de la ville de Saint-Brieuc.djvu/21

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la Corderie, serpentait à travers ce qu’on nomme aujourd’hui les rues Fardel, Grand’Rue, Madeleine, la côte de Rohanet et aboutissait au castrum de Cesson. Cette dernière partie, si la direction en est exacte, n’a laissé que peu de traces et n’aurait formé, suivant toute apparence, qu’une ligne secondaire. Elle se rattachait, par Yffiniac ou Hillion, à la grande voie de Carhaix à Alet, le chemin Noé, comme on l'appelle encore, que les Romains avaient placé sous la protection de ce fameux camp de Péran, dont les pierres vitrifiées ne veulent pas révéler leur secret aux archéologues[1].

À Port-Aurel et à Cesson, on a recueilli un nombre considérable de tuiles, de briques, de poteries et de monnaies romaines de toutes les époques ; mais sur l’emplacement de la ville de Saint-Brieuc, on n’a trouvé que quelques monnaies du iiie siècle de l’ère chrétienne, au Bourg-Vazé, dont le nom d’origine latine éveille l’idée d’un Burgum, sans qu’on puisse déduire de cet indice une conséquence sérieuse. Il paraît certain au contraire, d’après ce que nous venons d’exposer, qu’au ve siècle il n’y avait pas de ville dans le lieu où s’élève aujourd’hui Saint-Brieuc, et que les Gallo-Romains s’étaient bornés à fonder un emporium, ou marché, à l’abri du castrum de Cesson.

Cet établissement fut ruiné comme tant d’autres, puisqu’il n’en est pas fait mention dans nos plus anciennes chroniques. À partir de Dioclétien, la dépopulation et la misère furent telles dans l’empire romain qu’au dire de Lactance, « les champs étaient abandonnés et les terres cultivées se changeaient en forêts. » [2]. Cette transformation, qui était due à l’oppression du fisc et aux ravages des barbares, l’Armorique la subit au moins autant que les autres parties de la Gaule. Sans parler du témoignage des historiens romains, les récits qu’on lira plus loin le prouveront suffisamment.

  1. Congrès Celtique, excursion au camp de Péran.
  2. « Adeo major esse cœperat numerus accipientium quam dantium ut, desererentur agri et cultureæ verterentur in silvam. » (Lactance, de Mortibus persecutorum, vu).