Page:Lamartine - Œuvres complètes de Lamartine, tome 1.djvu/121

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La vertu succombant sous l’audace impunie,
L’imposture en honneur, la vérité bannie ;
L’errante liberté
Aux dieux vivants du monde offerte en sacrifice ;
Et la force, partout, fondant de l’injustice
Le règne illimité !

La valeur sans les dieux décidant les batailles !
Un Caton libre encor déchirant ses entrailles
Sur la foi de Platon ;
Un Brutus qui, mourant pour la vertu qu’il aime,
Doute au dernier moment de cette vertu même,
Et dit : Tu n’es qu’un nom !…

La fortune toujours du parti des grands crimes ;
Les forfaits couronnés devenus légitimes ;
La gloire au prix du sang ;
Les enfants héritant l’iniquité des pères ;
Et le siècle qui meurt racontant ses misères
Au siècle renaissant !

Hé quoi ! tant de tourments, de forfaits, de supplices,
N’ont-ils pas fait fumer d’assez de sacrifices
Tes lugubres autels ?
Ce soleil, vieux témoin des malheurs de la terre,
Ne fera-t-il pas naître un seul jour qui n’éclaire
L’angoisse des mortels ?

Héritiers des douleurs, victimes de la vie,
Non, non, n’espérez pas que sa rage assouvie
Endorme le Malheur,
Jusqu’à ce que la Mort, ouvrant son aile immense,
Engloutisse à jamais dans l’éternel silence
L’éternelle douleur !