Page:Lamartine - Œuvres complètes de Lamartine, tome 1.djvu/182

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
180
MÉDITATIONS

Qui, sous l’impression dont ta scène l’inonde,
Pour soulever un sein, s’enfle comme ton onde,
S’ouvre pour réfléchir, à l’alpestre clarté,
La nature, son Dieu, l’amour, la liberté ;
Et, ne pouvant parler sous le poids qui le charme
Répand le dernier fond de toute âme… une larme !

Huber ! heureux enfant de ces tribus de Tell,
Que Dieu plaça plus près des Alpes, son autel !
Des splendeurs de ces monts doux et fier interprète,
Âme de citoyen dans un cœur de poëte !
Voilà donc ces sommets et ces lacs étoilés
Devant nos yeux ravis par ta main dévoilés !
Voilà donc ces rochers à qui ton amour crie
Le plus beau nom de l’homme à la terre : « Ô patrie !… »
Ah ! tu tiens à ce ciel par un double lien :
Qui chérit la nature est deux fois citoyen !

Mais tu dis, dans l’orgueil de ta fière tendresse :
« Ces monts sont trop bornés pour l’amour qui m’oppresse :
» On voit la liberté sur leurs flancs resplendir ;
» Mais, pour l’adorer plus, je voudrais l’agrandir.
» N’être qu’un poids léger de l’immense équilibre,
» C’est être respecté, ce n’est pas être libre :
» Dans sa force tout droit doit porter sa raison.
» Un grand peuple à ses pieds veut un grand horizon !
» Si la pitié des rois nous épargne l’offense,
» Le dédain des tyrans n’est pas l’indépendance ;
» Il faut compter par masse et non par fractions,
» Pour jouer dans ce siècle au jeu des nations.
» La Suisse est l’oasis de mon âme attendrie ;
» J’y chéris mon berceau, j’y cherche une patrie !… »
— Adore ton pays, et ne l’arpente pas.
Ami, Dieu n’a pas fait les hommes au compas :