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MÉDITATIONS


Si, pour caresser sa faiblesse,
Sous tes pinceaux adulateurs
Tu parais du nom de sagesse
Les leçons de ses corrupteurs,
Tu verrais ses mains avilies,
Arrachant des palmes flétries
De quelque front déshonoré,
Les répandre sur ton passage,
Et, changeant la gloire en outrage,
T’offrir un triomphe abhorré.

Mais, loin d’abandonner la lice
Où ta jeunesse a combattu,
Tu sais que l’estime du vice
Est un outrage à la vertu.
Tu t’honores de tant de haine ;
Tu plains ces faibles cœurs qu’entraîne
Le cours de leur siècle égaré ;
Et, seul, contre le flot rapide,
Tu marches d’un pas intrépide
Au but que la gloire a montré !

Tel un torrent, fils de l’orage,
En roulant du sommet des monts,
S’il rencontre sur son passage
Un chêne, l’orgueil des vallons,
Il s’irrite, il écume, il gronde ;
Il presse des plis de son onde
L’arbre vainement menacé :
Mais, debout parmi les ruines,
Le chêne aux profondes racines
Demeure ; et le fleuve a passé.