Page:Lamartine - Œuvres complètes de Lamartine, tome 1.djvu/217

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
215
POÉTIQUES.

Quelquefois seulement, quand mon âme oppressée
Sent en rhythmes nombreux déborder ma pensée,
Au souffle inspirateur du soir dans les déserts,
Ma lyre abandonnée exhale encor des vers !
J’aime à sentir ces fruits d’une séve plus mûre
Tomber, sans qu’on les cueille, au gré de la nature,
Comme le sauvageon secoué par les vents,
Sur les gazons flétris, de ses rameaux mouvants
Laisse tomber ses fruits que la branche abandonne,
Et qui meurent au pied de l’arbre qui les donne.
Il fut un temps peut-être où mes jours mieux remplis,
Par la gloire éclairés, par l’amour embellis,
Et fuyant loin de moi sur des ailes rapides,
Dans la nuit du passé ne tombaient pas si vides.
Aux douteuses clartés de l’humaine raison,
Égaré dans les cieux sur les pas de Platon,
Par ma propre vertu je cherchais à connaître
Si l’âme est en effet un souffle du grand Être ;
Si ce rayon divin, dans l’argile enfermé,
Doit être par la mort éteint ou rallumé ;
S’il doit, après mille ans revivre sur la terre ;
Ou si, changeant sept fois de destins et de sphère,
Et montant d’astre en astre à son centre divin,
D’un but qui fuit toujours il s’approche sans fin ;
Si dans ces changements nos souvenirs survivent ;
Si nos soins, nos amours, si nos vertus nous suivent ;
S’il est un juge assis aux portes des enfers,
Qui sépare à jamais les justes des pervers ;
S’il est de saintes lois qui, du ciel émanées,
Des empires mortels prolongent les années,
Jettent un frein au peuple indocile à leur voix,
Et placent l’équité sous la garde des rois ;
Ou si d’un dieu qui dort l’aveugle nonchalance
Laisse au gré du destin trébucher sa balance,