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MÉDITATIONS

Et livre, en détournant ses yeux indifférents,
La nature au hasard et la terre aux tyrans.
Mais, ainsi que des cieux, où son vol se déploie,
L’aigle souvent trompé redescend sans sa proie,
Dans ces vastes hauteurs où mon œil s’est porté
Je n’ai rien découvert que doute et vanité ;
Et, las d’errer sans fin dans des champs sans limite,
Au seul jour où je vis, au seul bord que j’habite
J’ai borné désormais ma pensée et mes soins :
Pourvu qu’un dieu caché fournisse à mes besoins ;
Pourvu que, dans les bras d’une épouse chérie,
Je goûte obscurément les doux fruits de ma vie ;
Que le rustique enclos, par mes pères planté,
Me donne un toit l’hiver, et de l’ombre l’été ;
Et que d’heureux enfants ma table couronnée
D’un convive de plus se peuple chaque année,
Ami, je n’irai plus ravir si loin de moi,
Dans les secrets de Dieu, ces comment, ces pourquoi,
Ni du risible effort de mon faible génie
Aider péniblement la Sagesse infinie.
Vivre est assez pour nous ; un plus sage l’a dit :
Le soin de chaque jour à chaque jour suffit.
Humble, et du Saint des Saints respectant les mystères,
J’héritai l’innocence et le Dieu de mes pères ;
En inclinant mon front, j’élève à lui mes bras ;
Car la terre l’adore et ne le comprend pas :
Semblable à l’alcyon, que la mer dorme ou gronde,
Qui dans son nid flottant s’endort en paix sur l’onde,
Me reposant sur Dieu du soin de me guider
À ce port invisible où tout doit aborder,
Je laisse mon esprit, libre d’inquiétude,
D’un facile bonheur faisant sa seule étude,
Et prêtant sans orgueil la voile à tous les vents,
Les yeux tournés vers lui, suivre le cours du temps.