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MÉDITATIONS POÉTIQUES.

rienne, épicurienne et sceptique de l’ancien régime, avec les théories officielles, et le langage assaisonné de trône et d’autel, de légitimité et de culte monarchique, dont il avait pris l’habitude, à la cour d’Hartwell ; un Voltaire charmant, converti par l’exil, le malheur, la situation à la cour, mais conservant, sous son habit de diplomate et d’homme d’État, la séve, la grâce et l’incrédulité railleuse de sa première vie.

Il me priait souvent d’encadrer son nom dans mes vers, qui avaient, disait-il, plus d’ailes que les siens pour le porter au delà de sa vie. Je lui adressai ceux-ci, écrits, un soir d’automne, sous les châtaigniers de la sauvage colline de Tresserves, qui domine le lac du Bourget, en Savoie.

Le marquis de la Maisonfort mourut l’année suivante à Lyon, en revenant de Paris à Florence. Je le remplaçai en Toscane. Sa mémoire me resta chère, douce comme ces souvenirs d’un entretien semi-sérieux qui font encore sourire le lendemain du plaisir d’esprit qu’on a eu la veille.

Cette race charmante de l’émigré français n’existe plus : elle s’est éteinte avec celle des abbés de cour, que j’ai encore entrevus dans ma jeunesse, et qu’on ne retrouve plus qu’en Italie. Les émigrés étaient les conteurs arabes de nos jours. Le marquis de la Maisonfort fut un des plus spirituels et des plus intéressants.