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MÉDITATIONS POÉTIQUES.

Plus loin, voici l’asile où vint chanter le Tasse,
Quand, victime à la fois du génie et du sort,
Errant dans l’univers, sans refuge et sans port,
La pitié recueillit son illustre disgrâce.
Non loin des mêmes bords, plus tard il vint mourir ;
La gloire l’appelait, il arrive, il succombe :
La palme qui l’attend devant lui semble fuir,
Et son laurier tardif n’ombrage que sa tombe.

Colline de Baïa ! poétique séjour !
Voluptueux vallon qu’habita tour à tour
               Tout ce qui fut grand dans le monde,
Tu ne retentis plus de gloire ni d’amour.
               Pas une voix qui me réponde,
               Que le bruit plaintif de cette onde,
Ou l’écho réveillé des débris d’alentour !


Ainsi tout change, ainsi tout passe ;
Ainsi nous-mêmes nous passons,
Hélas ! sans laisser plus de trace
Que cette barque où nous glissons
Sur cette mer où tout s’efface.