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MÉDITATIONS


» À la molle clarté de la voûte sereine
» Nous chanterons ensemble assis sous le jasmin,
» Jusqu’à l’heure où la lune, en glissant sur Misène,
» Se perd en pâlissant dans les feux du matin. »

Elle chante ; et sa voix par intervalle expire,
Et, des accords du luth plus faiblement frappés,
Les échos assoupis ne livrent au zéphyre
Que des soupirs mourants, de silences coupés.

Celui qui, le cœur plein de délire et de flamme,
A cette heure d’amour, sous cet astre enchanté,
Sentirait tout à coup le rêve de son âme
S’animer sous les traits d’une chaste beauté ;

Celui qui, sur la mousse, au pied du sycomore
Au murmure des eaux, sous un dais de saphirs,
Assis à ses genoux, de l’une à l’autre aurore,
N’aurait pour lui parler que l’accent des soupirs ;

Celui qui, respirant son haleine adorée,
Sentirait ses cheveux, soulevés par les vents,
Caresser en passant sa paupière effleurée,
Ou rouler sur son front leurs anneaux ondoyants ;

Celui qui, suspendant les heures fugitives,
Fixant avec l’amour son âme en ce beau lieu,
Oublîrait que le temps coule encor sur ces rives,
Serait-il un mortel, ou serait-il un dieu ?

Et nous, aux doux penchants de ces verts Élysées,
Sur ces bords où l’amour eût caché son Éden ;
Au murmure plaintif des vagues apaisées,
Aux rayons endormis de l’astre élyséen,