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POÉTIQUES.


Fuyant des bords qui l’ont vu naître,
De Laban l’antique berger,
Un jour, devant lui vit paraître
Un mystérieux étranger :
Dans l’ombre, ses larges prunelles
Lançaient de pâles étincelles ;
Ses pas ébranlaient le vallon ;
Le courroux gonflait sa poitrine,
Et le souffle de sa narine
Résonnait comme l’aquilon.

Dans un formidable silence
Ils se mesurent un moment ;
Soudain l’un sur l’autre s’élance,
Saisi d’un même emportement ;
Leurs bras menaçants se replient,
Leurs fronts luttent, leurs membres crient,
Leurs flancs pressent leurs flancs pressés ;
Comme un chêne qu’on déracine,
Leur tronc se balance, et s’incline
Sur leurs genoux entrelacés.

Tous deux ils glissent dans la lutte ;
Et Jacob, enfin terrassé,
Chancelle, tombe, et dans sa chute
Entraîne l’ange renversé :
Palpitant de crainte et de rage,
Soudain le pasteur se dégage
Des bras du combattant des cieux,
L’abat, le presse, le surmonte,
Et sur son sein gonflé de honte
Pose un genou victorieux !