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POÉTIQUES.

LA PYTHONISSE.

Eh bien ! qu’apportes-tu ? Ton arrêt. Parle.Ô ciel !
Pourquoi m’as-tu choisie entre tout Israël ?
Mon cœur est faible, ô ciel ! et mon sexe est timide.
Choisis pour ton organe un sein plus intrépide.
Pour annoncer au roi tes divines fureurs,
Qui suis-je ?


SAÜL, étonné.

Qui suis-je ?Ta main tremble ! et tu verses des pleurs !
Quoi ! ministre du ciel, tu n’es plus qu’une femme !


LA PYTHONISSE.

Détruis donc, ô mon Dieu, la pitié dans mon âme !


SAÜL.

Par tes feintes terreurs penses-tu m’ébranler ?


LA PYTHONISSE.

Mais ma bouche, ô mon roi, se refuse à parler.


SAÜL, avec colère.

Tes lenteurs, à la fin, lassent ma patience :
Parle, si tu le peux ; ou sors de ma présence !


LA PYTHONISSE.

Que ne puis-je sortir, emportant avec moi
Tout ce qu’ici je viens prophétiser sur toi !
Mais un Dieu me retient, me pousse, me ramène ;
Je ne puis résister à son bras qui m’entraîne.
Oui, je sens ta présence, ô Dieu persécuteur !
Et ta fureur divine a passé dans mon cœur.