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POÉTIQUES.

» Alors… Mais aujourd’hui pardonne à mon silence !
» Quand ton nom, profané par l’infâme licence,
» Du Tage à l’Éridan épouvantant les rois,
» Fait crouler dans le sang les trônes et les lois ;
» Détournant leurs regards de ce culte adultère,
» Tes purs adorateurs, étrangers sur la terre,
» Voyant dans ces excès ton saint nom s’abolir,
» Ne le prononcent plus…, de peur de l’avilir.
» Il fallait t’invoquer, quand un tyran superbe
» Sous ses pieds teints de sang nous foulait comme l’herbe,
» En pressant sur son cœur le poignard de Caton.
» Alors il était beau de confesser ton nom :
» La palme des martyrs couronnait tes victimes,
» Et jusqu’à leurs soupirs tout leur était des crimes.
» L’univers cependant, prosterné devant lui,
» Adorait ou tremblait !… L’univers aujourd’hui
» Au bruit des fers brisés en sursaut se réveille.
» Mais qu’entends-je ? et quels cris ont frappé mon oreille ?
» Esclaves et tyrans, opprimés, oppresseurs,
» Quand tes droits ont vaincu, s’offrent pour tes vengeurs :
» Insultant sans péril la tyrannie absente,
» Ils poursuivent partout son ombre renaissante ;
» Et, de la vérité couvrant la faible voix,
» Quand le peuple est tyran, ils insultent aux rois.

» Tu règnes cependant sur un siècle qui t’aime,
» Liberté ! tu n’as rien à craindre que toi-même.
» Sur la pente rapide où roule en paix ton char,
» Je vois mille Brutus… mais où donc est César ? »