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MÉDITATIONS


L’oiseau qui charme le bocage,
Hélas ! ne chante pas toujours :
À midi, caché sous l’ombrage,
Il n’enchante de son ramage
Que l’aube et le déclin des jours.

Adieu donc, adieu, voici l’heure,
Lyre aux accords mélodieux !
En vain à la main qui t’effleure
Ta fibre encor répond et pleure :
Voici l’heure de nos adieux.

Reçois cette larme rebelle
Que mes yeux ne peuvent cacher.
Combien sur ta corde fidèle
Mon âme, hélas ! en versa-t-elle,
Que tes soupirs n’ont pu sécher !

Sur cette terre infortunée,
Où tous les yeux versent des pleurs,
Toujours de cyprès couronnée,
La lyre ne nous fut donnée
Que pour endormir nos douleurs.

Tout ce qui chante ne répète
Que des regrets ou des désirs ;
Du bonheur la corde est muette ;
De Philomèle et du poëte
Les plus doux chants sont des soupirs.