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POÉTIQUES.


Dans l’ombre auprès d’un mausolée,
Ô lyre, tu suivis mes pas ;
Et, des doux festins exilée,
Jamais ta voix ne s’est mêlée,
Aux chants des heureux d’ici-bas.

Pendue aux saules de la rive,
Libre comme l’oiseau des bois,
On n’a point vu ma main craintive
T’attacher, comme une captive,
Aux portes des palais des rois.

Des partis l’haleine glacée
Ne t’inspira pas tour à tour ;
Aussi chaste que la pensée,
Nul souffle ne t’a caressée,
Hormis le souffle de l’Amour.

En quelque lieu qu’un sort sévère
Fît plier mon front sous ses lois,
Grâce à toi, mon âme étrangère
A trouvé partout sur la terre
Un céleste écho de sa voix.

Aux monts d’où le jour semble éclore,
Quand je t’emportais avec moi
Pour louer celui que j’adore,
Le premier rayon de l’aurore
Ne se réveillait qu’après toi.