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MÉDITATIONS

Et j’allais tout honteux vers mes viles idoles,
Parmi de vils railleurs, bafouer ces paroles ! !




Voilà quelle gangrène énervait mon esprit,
Quand l’amour, cet amour qui tue ou qui guérit,
Cette plante de vie au céleste dictame,
Distilla dans mon cœur des lèvres d’une femme.
Une femme ? Est-ce un nom qui puisse te nommer,
Chaste apparition qui me forças d’aimer,
Forme dont la splendeur à l’aube eût fait envie,
Saint éblouissement d’une heure de ma vie ;
Toi qui de ce limon m’enlevas d’un regard,
Comme un rayon d’en haut attire le brouillard,
Et, le transfigurant en brillant météore,
Le roule en dais de feu sous les pas de l’aurore ?
Ses yeux, bleus comme l’eau, furent le pur miroir
Où mon âme se vit et rougit de se voir,
Où, pour que le mortel ne profanât pas l’ange,
De mes impuretés je dépouillai la fange.
Pour cueillir cet amour, fruit immatériel,
Chacun de mes soupirs m’enleva vers le ciel.
Quand elle disparut derrière le nuage,
Mon cœur purifié contenait une image,
Et je ne pouvais plus, de peur de la ternir,
Redescendre jamais d’un si haut souvenir !




Depuis ce jour lointain, des jours, des jours sans nombre
Ont jeté sur mon cœur leur soleil ou leur ombre ;