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POÉTIQUES.

Il est sur son sentier si dur de revenir,
Quand chaque pied saignant se heurte au souvenir !
Mais écoute tomber seulement cette goutte
De l’eau trouble du cœur, et tu la sauras toute ?




Je vivais comme toi, vieux et froid à vingt ans,
Laissant les guêpes mordre aux fleurs de mon printemps,
Laissant la lèvre pâle et fétide des vices
Effeuiller leur corolle et pomper leurs calices,
Méprisant mes amours et les montrant au doigt,
Comme un enfant grossier qui trouble l’eau qu’il boit.
Mon seul soleil était la clarté des bougies ;
Je détestais l’aurore en sortant des orgies.




À mes lèvres, où Dieu sommeillait dans l’oubli,
Un sourire ironique avait donné son pli ;
Tous mes propos n’étaient qu’amère raillerie.
Je plaignais la pudeur comme une duperie ;
Et si quelque reproche ou de mère ou de sœur,
À mes premiers instincts parlant avec douceur,
Me rappelait les jours de ma naïve enfance,
Nos mains jointes, nos yeux levés, notre innocence ;
Si quelque tendre écho de ces soirs d’autrefois
Dans mon esprit troublé s’éveillant à leur voix,
D’une aride rosée humectait ma paupière,
Mon front haut secouait ses cheveux en arrière ;
Pervers, je rougissais de mon bon sentiment ;
Je refoulais en moi mon attendrissement,