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MÉDITATIONS POÉTIQUES.

Non ! la gloire par vous ternie
Ne couvre que d’ignominie
Un front que l’ombre aurait caché ;
Et de ce front livide et blême
Le laurier tombe de lui-même,
Flétri dès qu’il vous a touché ! »

Il se tut : sa lyre plaintive
Suspendit ses rhythmes touchants,
Croyant que l’écho de la rive
Avait seul entendu ses chants ;
Mais, par ses rivaux irritée,
Sur ses pas la foule ameutée
Suivait sa trace et l’entendit :
Leurs cœurs de venin se gonflèrent,
Au lieu d’applaudir ils sifflèrent ;
Car ainsi l’envie applaudit.

Du sein de la foule offensée
De ces ennemis inhumains,
Soudain une pierre lancée
Va frapper sa lyre en ses mains.
L’aveugle en vain la presse encore,
Elle roule en débris sonore
Du sein qui veut la retenir ;
Mais, en se brisant sous ce crime,
Elle jette un accord sublime
Qui retentit dans l’avenir !