Page:Lamartine - Œuvres complètes de Lamartine, tome 10.djvu/421

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VIII

Le départ du roi avait laissé le château dans l’incertitude et dans le trouble. Une trêve tacite semblait s’être établie d’elle-même entre les défenseurs et les assaillants. Le champ de bataille était transporté des Tuileries à l’Assemblée. C’était là que la monarchie allait se relever ou s’écrouler. La conquête ou la défense d’un palais vide ne devait coûter qu’un sang inutile. Les avant-postes des deux partis le comprenaient. Cependant, d’un côté l’impulsion donnée de si loin à une masse immense de peuple ne pouvait guère revenir sur elle-même à la seule annonce de la retraite du roi à l’Assemblée, et de l’autre les forces militaires que le roi avait laissées sans les licencier dans les Tuileries ne pouvaient, à moins d’ordres contraires, livrer la demeure royale et rendre les armes à l’insurrection. Un commandement clair et précis du roi pouvait prévenir ce choc en autorisant une capitulation. Mais ce prince, en abandonnant les Tuileries, n’avait pas abdiqué tout espoir d’y rentrer : « Nous reviendrons bientôt, » avait dit la reine à ses femmes, qui l’attendaient dans ses appartements. La famille royale ne voyait dans les événements de la nuit que les préparatifs d’un second 20 juin. Elle ne s’était rendue à l’Assemblée que pour sommer par sa démarche le corps législatif de la défendre, pour se décharger de la responsabilité du combat, et pour passer loin des périls extrêmes