Page:Lamartine - Œuvres complètes de Lamartine, tome 10.djvu/444

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tion, non pillage. Le peuple même, dans sa férocité, aurait rougi de chercher autre chose que ses ennemis. Le but de son soulèvement, c’était le sang ; ce n’était pas l’or. Il s’observait lui-même. Il montrait ses mains rouges, mais vides. Quelques voleurs vulgaires, surpris en flagrant délit d’appropriation des objets pillés, furent pendus à l’instant par d’autres hommes du peuple avec un écriteau signalant la honte de leur action. La passion déprave, mais elle élève aussi. L’enthousiasme général qui soulevait ce peuple l’eût fait rougir de penser à autre chose qu’à la vengeance et à la liberté. La fureur qui le possédait lui laissait le sentiment de la dignité de sa cause. Il se souillait de meurtres, il s’enivrait de tortures ; mais, jusque dans le sang, la masse respectait en soi le combattant de la liberté. Tableaux, statues, vases, livres, porcelaines, glaces, chefs-d’œuvre de tous les arts accumulés par les siècles dans le palais de la splendeur et des délices des souverains, tout vola en lambeaux, tout roula en éclats, tout fut réduit en poussière ou en cendre. Par un jeu bizarre de la destinée, il n’y eut d’épargné et d’intact qu’un tableau de la chambre du lit du roi représentant la Mélancolie, par Fetti : comme si l’emblème de la tristesse et de la vanité des choses humaines était le seul monument éternel qui dût survivre à la destinée des dynasties et des palais !